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Culture · Peuples et territoires

Les femmes vietnamiennes : deux mille ans d’une place à part

Les deux premières figures de la résistance nationale vietnamienne sont deux sœurs, en l’an 40 de notre ère. Deux mille ans plus tard, le Vietnam a l’un des taux d’activité féminine les plus élevés d’Asie — et un plafond de verre très solide. Ce n’est pas une contradiction, c’est une histoire.

Les sœurs Trưng, an 40

Le premier soulèvement contre la domination chinoise dont l’histoire vietnamienne ait gardé le récit est mené par deux femmes. Trưng Trắc et sa sœur Trưng Nhị lèvent en l’an 40 une armée qui chasse le gouverneur Han et tient soixante-cinq citadelles pendant trois ans, avant d’être écrasée. Deux siècles plus tard, Bà Triệu recommence, à vingt ans, montée sur un éléphant, et laisse une phrase que tout écolier vietnamien connaît : elle voulait chasser l’envahisseur, pas courber le dos pour être la concubine d’un homme.Ces récits ne sont pas décoratifs. Ils sont enseignés, célébrés par des temples, et ils occupent dans l’imaginaire national la place que Vercingétorix ou Jeanne d’Arc tiennent en France. Un pays qui place deux femmes à l’origine de sa résistance ne se raconte pas comme les autres.

Un pays qui place deux femmes à l’origine de sa résistance ne se raconte pas comme les autres.

Femmes au marché

Le confucianisme, ou l’inverse exact

Ce fond ancien entre pourtant en collision avec mille ans d’administration chinoise puis de morale confucéenne. La doctrine des « trois soumissions » — au père, puis au mari, puis au fils aîné — et des « quatre vertus » structure le code Lê puis le code Nguyen. Les femmes sont exclues des concours mandarinaux, donc de toute charge publique.Mais le droit coutumier vietnamien résiste par endroits. Le code Hồng Đức, promulgué au XVe siècle, reconnaît aux filles un droit à l’héritage et aux épouses la propriété des biens apportés au mariage — dispositions inconnues en Chine à la même époque. Le proverbe le plus cité sur le sujet est éloquent : « le mari est le pilier, la femme est la fondation ».Dans les montagnes, la question ne se pose même pas dans ces termes. Les sociétés des hauts plateaux — Bahnar, Jarai, Ede — sont matrilinéaires : la maison appartient aux femmes, l’héritage passe par elles, et c’est le mari qui rejoint la famille de son épouse.
Marchande avec sa palanche

Les guerres, et ce qu’elles ont déplacé

Trente ans de guerre, de 1945 à 1975, ont fait ce que les guerres font partout : ils ont mis les femmes au travail et aux responsabilités. Des dizaines de milliers ont servi dans les thanh niên xung phong, les brigades de jeunesse chargées d’entretenir la piste Hô Chi Minh sous les bombardements, de désamorcer, de reconstruire les ponts la nuit. Le carrefour de Dong Loc, où dix jeunes filles de dix-sept à vingt-quatre ans sont mortes en 1968, est devenu un lieu de mémoire national.Au retour, beaucoup ne se sont pas mariées — les hommes de leur génération étaient morts. Cette génération de femmes seules, souvent très pauvres, est un sujet que la littérature vietnamienne a traité bien avant les manuels d’histoire.
Femme à vélo au chapeau conique

Aujourd’hui : le marché, l’usine, l’entreprise

Le Vietnam affiche l’un des taux d’activité féminine les plus élevés d’Asie — autour de soixante-dix pour cent des femmes en âge de travailler, contre une moyenne mondiale nettement inférieure. Vous le constaterez dès le premier marché : les étals sont tenus par des femmes, la comptabilité est faite par des femmes, et l’argent du foyer est le plus souvent géré par elles.Dans l’industrie, les usines de textile et d’électronique emploient une main-d’œuvre très majoritairement féminine, souvent de jeunes femmes venues des campagnes qui envoient une part de leur salaire à leurs parents. C’est l’un des grands mouvements sociaux du pays depuis trente ans, et il a transformé les villages autant que les villes.La proportion d’entreprises dirigées par des femmes est l’une des plus fortes d’Asie du Sud-Est. Mais le plafond reste bas au sommet : peu de femmes au bureau politique, peu à la tête des grandes entreprises publiques.
Femme âgée à vélo dans la rue

Ce que vous verrez, et comment le lire

Quelques scènes reviennent dans tous les voyages, et elles se comprennent mieux avec ce qui précède.
  • La femme qui porte la palanche. Le portage à l’épaule, les deux paniers en équilibre, est un travail de femme depuis toujours. Ce n’est pas pittoresque : c’est un métier très dur, souvent exercé par des femmes de plus de cinquante ans venues des provinces.
  • La rameuse de Tam Coc. Elle rame aux pieds pendant deux heures, pour une part infime du prix du billet. Le pourboire n’est pas une gratification, c’est l’essentiel de son revenu.
  • Les vendeuses hmong à Sa Pa. Elles marchent avec les groupes pendant des heures avant de proposer leurs broderies. C’est devenu un vrai métier pour des familles dont les terres ne suffisent plus, et la façon la plus honnête de gérer la situation est de décider d’avance : acheter à une personne, ou dire non clairement dès le départ.
  • La patronne du restaurant. Dans neuf échoppes sur dix, c’est elle qui décide, qui tient la caisse et qui transmet l’affaire à sa fille.
Femme en áo dài et nón lá

Le déséquilibre des naissances

Il faut mentionner ce qui ne va pas. Le Vietnam présente depuis les années 2000 un déséquilibre du sexe à la naissance parmi les plus marqués d’Asie après la Chine et l’Inde : environ cent onze garçons pour cent filles, avec des pointes plus élevées dans le delta du fleuve Rouge.La cause est connue : la préférence pour le fils, liée au culte des ancêtres — c’est l’aîné mâle qui entretient l’autel familial — combinée à la baisse du nombre d’enfants par famille et à l’échographie. Le gouvernement a interdit la révélation du sexe fœtal et mène des campagnes régulières ; l’écart se réduit lentement.C’est le genre de sujet dont votre guide parlera volontiers si vous posez la question. Les Vietnamiens discutent de ces choses avec beaucoup moins de gravité que nous ne le supposons.

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Questions fréquentes

Qui sont les sœurs Trưng ?

Deux sœurs qui menèrent en l’an 40 le premier soulèvement connu contre la domination chinoise, et tinrent soixante-cinq citadelles pendant trois ans. Elles sont honorées par des temples dans tout le pays et enseignées à l’école.

La société vietnamienne est-elle patriarcale ?

Officiellement oui, par héritage confucéen. Dans les faits, les femmes tiennent l’économie domestique, le commerce de détail et une large part de l’entrepreneuriat. Les sociétés des hauts plateaux, elles, sont matrilinéaires.

Comment s’habiller quand on est une femme en voyage au Vietnam ?

Sans contrainte particulière dans les villes et sur la côte. Dans les pagodes et les temples, épaules et genoux couverts. Dans les villages de montagne, une tenue simple est appréciée, sans plus.

Voyager seule au Vietnam est-il sûr ?

Le Vietnam compte parmi les pays les plus sûrs d’Asie du Sud-Est pour une voyageuse seule. Les précautions sont celles de partout : attention aux sacs dans les grandes villes, et vigilance sur les trajets de nuit isolés.

Pourquoi voit-on surtout des femmes sur les marchés ?

Parce que le commerce de détail est traditionnellement féminin, et parce que la gestion de l’argent du foyer l’est aussi. Un proverbe vietnamien dit que la femme est le ministre des finances de la maison.

Qu’est-ce que le déséquilibre des naissances ?

Le Vietnam compte environ cent onze garçons pour cent filles à la naissance, conséquence de la préférence pour le fils dans le culte des ancêtres. La révélation du sexe fœtal est interdite et l’écart se réduit lentement.

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