J'aime le Vietnam

Gastronomie

La cuisine vietnamienne région par région

On croit souvent que la cuisine vietnamienne tient en deux plats : le phở et le nem. C'est comme résumer la France au steak-frites. Chaque région raconte sa géographie et son histoire dans l'assiette.

En bref

Le Nord
La retenue : bouillons clairs, peu de sucre, beaucoup d’herbes
Le Centre
La cuisine de cour de Huế, plus complexe et plus relevée
Le Sud
Le sucre, le lait de coco et l’abondance du delta
L’échange
Le bánh mì et le café d’un côté, le nem passé en France de l’autre

Le Nord : la retenue

Peu de piment, peu de sucre, beaucoup d’herbes. La cuisine du delta du Fleuve Rouge est la plus ancienne du pays et la plus économe : elle a été façonnée par un climat à quatre saisons, des hivers réels et des siècles de disettes. On n’y masque rien, parce qu’il n’y a jamais eu de quoi masquer.Le phở de Hanoï se boit clair, presque austère : un bouillon d’os mijoté huit heures avec du gingembre grillé, de la badiane et de la cannelle, et rien d’autre — pas de sauce hoisin, pas de sriracha, pas de germes de soja en montagne. Ces ajouts sont une invention du Sud, puis de la diaspora. Un Hanoïen qui vous voit sucrer votre phở ne dira rien, mais il le pensera.Le bún chả se mange à midi et seulement à midi, assis sur un tabouret de plastique, en trempant des nouilles froides dans un bol de porc grillé au charbon. Le bánh cuốn — ravioles de riz vapeur étalées à la louche sur une toile tendue au-dessus d’une marmite — se monte devant vous en quinze secondes par pièce.Et le café à l’œuf, inventé en 1946 au Metropole par un barman à court de lait frais, reste la signature de la ville : un jaune d’œuf battu au sucre, monté en sabayon sur un café noir brûlant. Cela ressemble à une erreur et c’est un dessert.
Nem
Le nem rán de Hanoï, frit deux fois et roulé dans la feuille de riz : au Sud, le même rouleau s’appelle chả giò et se fait plus gros.

Le Centre : la complexité impériale

Huế a nourri une cour pendant cent quarante-trois ans. Les cuisines de la Cité impériale devaient composer chaque jour des dizaines de plats différents, servis en portions minuscules pour qu’un seul homme pût tout goûter. Cette contrainte a produit une cuisine unique en Asie : miniature, codée, obsessionnellement présentée.On la reconnaît aux gâteaux de riz translucides servis par trois ou quatre bouchées — bánh bèo dans leur coupelle, bánh nậm plié dans sa feuille de bananier, bánh bột lọc où l’on voit la crevette à travers la pâte de tapioca. Rien n’y est copieux et tout y demande du temps.C’est aussi la seule région où le piment entre dans le plat dès la cuisine, et non dans la coupelle posée à côté. Le bún bò Huế — bœuf, citronnelle, pâte de crevette fermentée — est un plat de fête déguisé en petit-déjeuner, et il n’a rien de la douceur qu’on attend d’une soupe vietnamienne.Enfin, la cuisine bouddhiste végétarienne de Huế compte parmi les plus raffinées d’Asie. Elle se sert dans les pagodes les jours de pleine lune et de nouvelle lune, et elle imite les plats de viande avec une virtuosité troublante — par respect des convives, dit-on, pour qu’aucun ne se sente privé.

À Huế, on ne cuisine pas pour nourrir : on cuisine pour impressionner un empereur.

Le Sud : la générosité

Le delta du Mékong donne tout, toute l’année. Trois récoltes de riz, des vergers permanents, du poisson de rivière en abondance : la cuisine du Sud n’a jamais eu à économiser, et cela s’entend. Elle est sucrée — le sucre de palme entre partout, jusque dans les plats salés —, herbacée, exubérante.La table s’y organise autour d’une montagne d’herbes fraîches posée au milieu : menthe, périlla, coriandre longue, basilic thai, fleurs de bananier râpées. Ce n’est pas une garniture. On construit sa bouchée soi-même, herbe par herbe, et deux convives à la même table ne mangent pas exactement le même plat.C’est la région du cơm tấm, le riz brisé qu’on servait autrefois aux plus pauvres parce que les grains cassés ne se vendaient pas, devenu le petit-déjeuner emblématique de Saigon. Et celle du hủ tiếu, héritage des marchands chinois de Chợ Lớn, qui se mange sec ou en soupe selon l’humeur.L’influence khmère y est partout dans les provinces frontalières : tamarin, curcuma, poisson fermenté. Le Sud est vietnamien depuis trois siècles seulement, et sa cuisine s’en souvient.

Ce que le Vietnam doit à la France, et l’inverse

L’héritage le plus visible est la baguette. Introduite par les Français, elle a été refaite avec de la farine de riz mêlée au blé, ce qui donne une mie plus légère et une croûte plus fine : le bánh mì vietnamien est plus creux que son modèle, et c’est précisément ce qui lui permet d’accueillir pâté, coriandre, pickles de carotte et piment sans s’effondrer.Le café est arrivé avec les missionnaires en 1857 et s’est installé sur les hauts plateaux. Le Vietnam est aujourd’hui le deuxième exportateur mondial et le premier producteur de robusta. Le filtre individuel phin, l’usage du lait concentré — faute de lait frais sous les tropiques — et la glace pilée ont produit une boisson qui n’existe nulle part ailleurs.La bière pression suit le même chemin : la bia hơi de Hanoï, brassée le jour même et livrée en fûts métalliques aux carrefours en fin d’après-midi, descend directement des brasseries coloniales. Elle titre trois degrés et coûte moins cher qu’une bouteille d’eau.Dans l’autre sens, la France a reçu le nuớc mắm, dont la variante de Phú Quốc est protégée par une indication géographique européenne depuis 2013 — la première accordée à un produit vietnamien.
Banh my
Le bánh mì, héritage le plus franc de la période coloniale : baguette vietnamienne à la farine de riz, pâté, coriandre et pickles de carotte.

Comment goûter juste

  • Choisissez l’échoppe où il y a une file de Vietnamiens, jamais celle qui affiche une carte en anglais avec des photos.
  • Mangez tôt. Le meilleur phở est servi entre six et huit heures du matin, et les bonnes adresses ferment quand la marmite est vide — souvent avant midi.
  • Une échoppe qui ne fait qu’un seul plat le fait mieux qu’un restaurant qui en propose quarante. C’est la règle la plus fiable du pays.
  • Demandez « ít cay » (peu épicé) plutôt que « không cay » (pas du tout) : le plat gardera son équilibre.
  • Servez-vous des herbes fraîches. Elles ne sont pas une décoration et le plat a été assaisonné en tenant compte d’elles.
  • Acceptez le thé qu’on vous offre en arrivant. C’est le début de la conversation, pas la fin du repas, et il est gratuit.
Comptez 30 000 à 50 000 dongs pour un bol dans la rue, soit un à deux euros. Un repas complet dans un bon restaurant de quartier reste sous les dix euros par personne.Pour les végétariens, la cuisine bouddhiste đồ chay est répandue partout et souvent excellente ; méfiez-vous seulement des bouillons, où le nuớc mắm se glisse sans être annoncé. Signalez-nous vos allergies à la réservation : nous prévenons chaque table de votre itinéraire et vous remettons une carte rédigée en vietnamien.

Une question ?

Une question sur cette étape ?

Écrivez-nous sur WhatsApp, la réponse arrive dans la journée.

Demander un devis →

Le journal du Vietnam

Le journal du Vietnam

Lire tous les récits →

Questions fréquentes

Peut-on manger dans la rue sans risque ?

Oui, et c’est là que l’on mange le mieux. Le critère est simple : une échoppe pleine de Vietnamiens tourne vite, donc ses produits sont frais. Le vrai risque n’est presque jamais la nourriture cuite mais l’eau — glaçons et jus pressés dans les adresses isolées. Comptez 30 000 à 50 000 ₫ le bol de phở, soit 1 à 1,70 €.

La cuisine vietnamienne est-elle épicée ?

Beaucoup moins que la thaïlandaise. Le Nord ne l’est presque pas, le Centre l’est franchement — Huế est la seule région où le piment est dans le plat dès la cuisine — et le Sud reste modéré. Partout ailleurs il arrive à part, dans une coupelle. Dites « ít cay » (peu épicé) plutôt que « không cay » (pas du tout) : le plat garde son équilibre.

Comment fait-on quand on est végétarien ?

Facilement : la cuisine bouddhiste đồ chay se trouve dans tout le pays, excellente à Huế, et servie dans les pagodes les jours de pleine lune. Un avertissement toutefois — « végétarien » au Vietnam n’exclut pas toujours le nuoc-mâm ni la pâte de crevette, présents dans des bouillons qui paraissent végétaux. Nous prévenons chaque table de votre itinéraire, ce qui règle la question en amont.

Et avec une allergie sérieuse, arachide ou crustacés ?

C’est gérable, à condition de ne pas s’en remettre à l’anglais du serveur. Nous vous remettons une carte rédigée en vietnamien décrivant votre allergie, à montrer à chaque repas. L’arachide est partout, concassée sur les nouilles et dans les sauces ; la pâte de crevette se cache dans des plats où l’on ne l’attend pas, à commencer par le bún bò Huế.

Les herbes crues et les crudités, on peut ?

Oui. Les herbes fraîches ne sont pas une décoration, elles font partie du plat, et les adresses que nous vous indiquons les lavent correctement. Si vous êtes prudent, la règle utile n’est pas d’éviter le cru mais d’éviter l’eau non embouteillée : la glace pilée hors des villes, les jus allongés d’eau.

Peut-on apprendre à cuisiner sur place ?

C’est une demi-journée qui vaut souvent mieux qu’une visite de musée : le marché le matin avec le chef, puis quatre ou cinq plats préparés et mangés ensemble. Nous en organisons à Hanoï, Huế et Hoi An — celui de Huế est le seul qui aborde vraiment la cuisine impériale.

Passer à la pratique

Les circuits où l’on vit ce dont parle cet article

Culture & gastronomie

Saveurs du Vietnam — 10 jours

Passe par Hué

Hanoï — Bat Trang — Hué — Hoi An — Saigon — Cai Be

10 joursdès 1 450 €

Voir le programme →

Les incontournables

Vietnam essentiel — 12 jours

Passe par Hué et Delta du Mékong

Hanoï — Ninh Binh — Baie de Lan Ha — Hué — Hoi An — Saigon — Delta du Mékong

12 joursdès 1 740 €

Voir le programme →

Les incontournables

Vietnam en 15 jours

Passe par Hué et Delta du Mékong

Hanoï — Pu Luong — Ninh Binh — Baie de Lan Ha — Hué — Hoi An — Saigon — Delta du Mékong

15 joursdès 2 070 €

Voir le programme →

Voir nos 9 circuits →

Envie de vivre ces moments-là, et pas seulement de les lire ?

Racontez-nous vos envies et vos dates : un conseiller francophone basé à Hanoï vous répond sous 24 heures ouvrées, sans engagement.

Retour en haut
Rechercher