Les minorités ethniques du Nord : qui vit dans ces montagnes
On parle des « ethnies » du Nord comme d’un décor coloré. Ce sont cinquante-trois peuples distincts, avec leurs langues, leurs architectures et leurs calendriers — et une manière bien précise de les rencontrer sans les réduire à une photographie.
Cinquante-quatre peuples, un seul pays
Le Vietnam reconnaît officiellement cinquante-quatre groupes ethniques. Les Kinh, que l’on appelle simplement « les Vietnamiens », en représentent environ quatre-vingt-cinq pour cent et occupent les deltas et la côte. Les cinquante-trois autres vivent pour l’essentiel en altitude, et c’est une règle presque géographique : plus on monte, plus la diversité augmente.Cette répartition n’a rien de pittoresque, elle est historique. Les Kinh ont occupé les terres à riz inondable ; les groupes venus plus tard du sud de la Chine, aux XVIIIe et XIXe siècles pour beaucoup, ont pris ce qui restait — les pentes. D’où les rizières en terrasse, qui ne sont pas un choix esthétique mais une réponse technique à l’absence de plaine.Les Tày sont le premier groupe minoritaire du pays, suivis des Thái, des Mường et des Hmong. Chacun a sa langue — souvent sans lien avec le vietnamien —, son architecture, son calendrier de fêtes et ses vêtements. Un marché du dimanche à Bắc Hà peut réunir six ou sept groupes distincts, chacun reconnaissable à vingt mètres.
Reconnaître qui l’on croise
Les Hmong sont les plus visibles en haute montagne, à Ha Giang, à Sa Pa, à Mù Cang Chải. Ils se subdivisent en Hmong noirs, fleuris, blancs, verts, selon le costume. Les femmes cultivent le chanvre, le tissent, puis le teignent à l’indigo : les mains bleu profond que vous verrez sur les marchés ne sont pas sales, elles sont le signe d’un travail en cours.Les Dao rouges portent un turban écarlate et des pompons de laine ; la tradition veut que les femmes mariées rasent sourcils et naissance des cheveux. Ce sont eux qui préparent les bains de plantes médicinales, une centaine d’espèces dans un fût de bois brûlant, après une journée de marche.Les Thái occupent les vallées de moyenne altitude — Mai Châu, Pu Luong, Sơn La. Ils vivent dans des maisons sur pilotis au toit très bas, tissent des brocarts géométriques et pratiquent la danse xòe, inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2021. C’est chez eux que se pratique le plus naturellement l’accueil chez l’habitant.Les Tày et les Nùng, proches culturellement, sont installés vers Cao Bang et Bắc Sơn. Ils sont les plus intégrés à la société kinh, et leur maison de bois à toit de tuiles ressemble davantage à celle du delta. Plus rares, les Lô Lô et les Pà Thẻn ne comptent que quelques milliers de personnes.
Les marchés, et pourquoi ils comptent
Le marché hebdomadaire n’est pas une attraction, c’est l’institution centrale de la vie de montagne. On y vient à pied depuis des hameaux à trois heures de marche, on y vend deux poulets, on y achète du sel et du fil, on y règle des affaires de famille et l’on y boit beaucoup d’alcool de maïs. Le commerce n’est qu’un prétexte.Bắc Hà se tient le dimanche et reste le plus grand du Nord-Ouest : on y négocie encore des chevaux et des buffles. Cán Cấu, le samedi, est plus petit et plus rude. Đồng Văn et Mèo Vạc, le dimanche, sont les marchés de la boucle de Ha Giang.Une nuance qui compte : ces marchés ne sont pas mis en scène, mais certains ont été abimés par la fréquentation — halles bétonnées, marchandises importées de Chine, femmes payées pour poser. Nous privilégions les marchés plus petits et les jours où les cars ne montent pas, quitte à décaler votre étape d’une journée.
Un marché de montagne se juge à une chose : le nombre de gens qui n’y vendent ni n’y achètent rien.
Dormir chez l’habitant, correctement
La nuit chez l’habitant est, pour beaucoup de nos voyageurs, le meilleur souvenir du séjour. Elle demande quelques égards simples, que personne ne vous expliquera sur place par politesse.
Déchaussez-vous avant de monter sur le plancher d’une maison sur pilotis, toujours.
L’autel des ancêtres et le pilier central sont sacrés : on ne s’y adosse pas, on n’y pose rien, on ne dort pas la tête tournée vers eux.
Demandez avant de photographier, en particulier les femmes âgées et les enfants. Un refus est un refus.
Ne donnez ni bonbons ni argent aux enfants : cela crée la mendicité qui gâte aujourd’hui certains villages de Sa Pa. Si vous voulez aider, achetez le tissage de la mère.
Acceptez le premier verre d’alcool de riz. Vous pouvez refuser les suivants, et il vaut mieux.
Nos nuits chez l’habitant sont réservées directement auprès des familles, sans intermédiaire, et nous n’en mettons jamais deux groupes la même nuit dans la même maison.
Où les rencontrer, sans mise en scène
À Pu Luong et Mai Châu, chez les Thái, à quatre heures de Hanoï : le plus accessible, y compris avec des enfants. À Ha Giang, chez les Hmong et les Lô Lô, pour la version la plus intacte et la plus exigeante. À Bắc Hà, pour les marchés. À Cao Bang, chez les Tày, pour combiner minorités et paysages karstiques.Sa Pa reste magnifique mais s’est transformée en ville de hôtels : nous n’y envoyons nos voyageurs que hors de la ville, dans les vallées latérales, et jamais en haute saison.Un mot sur les guides. Nos guides francophones sont kinh, mais nous travaillons dans chaque région avec un guide local issu du groupe concerné, qui traduit et introduit. C’est une dépense supplémentaire que nous assumons : sans elle, on visite un paysage au lieu de rencontrer des gens.
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Combien de groupes ethniques peut-on croiser en un voyage ?
Trois à six selon l’itinéraire. Une boucle à Ha Giang en fait croiser cinq ou six en quatre jours ; un séjour à Pu Luong en montre surtout un, les Thái, mais beaucoup mieux. Nous préférons la seconde formule pour un premier voyage.
Est-ce respectueux de visiter ces villages ?
Cela dépend entièrement de la manière. Un car qui dépose quarante personnes pour trente minutes de photos ne l’est pas. Une nuit chez une famille payée directement, avec un guide issu du groupe, l’est — et le revenu du tourisme est souvent ce qui permet aux jeunes de rester au village plutôt que de partir en usine.
Peut-on photographier les gens ?
Demandez toujours, d’un geste si vous ne parlez pas la langue. Les femmes âgées refusent souvent, pour des raisons qui leur appartiennent. En revanche ne payez pas pour une photo : c’est ce qui a transformé certaines femmes de Sa Pa en figurantes.
Faut-il un bon niveau de marche ?
Pas nécessairement. À Pu Luong et Mai Châu, les étapes font deux à quatre heures sur terrain doux, et l’on peut tout faire en voiture. Dans le Nord-Ouest et à Ha Giang, les dénivelés sont réels mais restent optionnels.
Quelle saison pour les marchés et les rizières ?
Les marchés se tiennent toute l’année. Les rizières sont vertes en juin-juillet, dorées fin septembre, et en miroir d’eau en mai. Évitez janvier-février en haute altitude : il peut geler.
Quels souvenirs acheter sans se tromper ?
Le chanvre teint à l’indigo et les brocarts thái, achetés directement à la femme qui les a tissés. Évitez les broderies vendues en série dans les boutiques de Sa Pa : elles viennent presque toutes de Chine, et votre guide vous le confirmera.
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