Le savoir-vivre vietnamien : ce que personne ne vous dira
On ne vous corrigera pas. Par politesse, un Vietnamien laissera passer vos impairs sans un mot — ce qui veut dire que vous les répéterez tout le voyage. Voici ce qui se voit, ce qui se dit à table, et pourquoi on ne vous répond presque jamais non.
Le piège des pronoms
Le vietnamien n’a pas de « vous » neutre. On ne dit pas « vous » à quelqu’un : on lui dit « grand frère », « petite sœur », « oncle », « grand-mère ». Le pronom dépend de l’âge supposé de l’interlocuteur par rapport au vôtre, et il change dans la même conversation si un troisième arrive.C’est pourquoi on vous demandera votre âge dans les cinq premières minutes. Ce n’est pas de l’indiscrétion : sans cette information, votre interlocuteur ne sait littéralement pas comment vous parler. Répondez, même approximativement.Trois mots suffisent à s’en sortir. Anh pour un homme un peu plus âgé que vous, chị pour une femme un peu plus âgée, em pour une personne plus jeune. Un serveur de vingt-cinq ans se dira em et vous appellera anh ou chị. Ce n’est pas de la servilité, c’est de la grammaire.Et cảm ơn — merci — s’emploie beaucoup moins qu’en français. Entre proches, remercier pour un service ordinaire crée une distance. On sourit, on hoche la tête, on rend le service plus tard.
À table
Ne plantez jamais vos baguettes debout dans le riz. C’est ainsi qu’on offre l’encens aux morts, et le geste glace une tablee. Posez-les en travers du bol ou sur le repose-baguettes.
Attendez l’aîné. On invite à manger avant de commencer, en s’adressant aux plus âgés d’abord. Une formule suffit : mời suivi du pronom.
Les plats sont communs, seul le bol de riz est personnel. On sert les autres avant soi, en particulier les anciens, et l’on prend le morceau le plus proche plutôt que le meilleur.
Recevoir et donner à deux mains, ou avec la main droite en touchant l’avant-bras de la gauche. Cela vaut pour un plat, une carte de visite, un billet, un cadeau.
Le bruit n’est pas grossier. Aspirer les nouilles, poser les os sur la table ou par terre selon l’échoppe, parler fort : rien de tout cela ne choque.
Qui paie ? Celui qui a invité, ou le plus âgé, ou celui qui gagne le mieux sa vie — dans cet ordre. Partager l’addition entre amis est en train de se répandre chez les jeunes urbains, mais proposer de diviser en parts égales avec une famille qui vous reçoit serait maladroit. Laissez faire, et invitez la fois suivante.
Le visage, et pourquoi on ne vous dit pas non
La notion de face gouverne beaucoup d’échanges : on évite de mettre quelqu’un en difficulté publiquement, y compris soi-même. Conséquence pratique, et source de la plupart des malentendus entre Français et Vietnamiens : on vous répondra rarement non.Un sourire gêné, un « peut-être », un « c’est difficile », un changement de sujet ou un silence signifient non. Insister ne produira pas un oui, seulement de l’inconfort. De même, une question fermée mal posée — « c’est bien par là ? » — obtiendra souvent un oui poli plutôt qu’une correction. Demandez plutôt : « par où va-t-on ? ».Hausser le ton, même légèrement, même avec raison, est le plus sûr moyen de perdre. Celui qui s’énerve perd la face, et la négociation s’arrête là. Le calme obtient tout ; l’agacement n’obtient rien.Le sourire, enfin, ne veut pas toujours dire l’amusement. Il couvre aussi la gêne, l’excuse et parfois la tristesse. Ne le prenez pas pour de la moquerie.
On ne vous corrigera pas. C’est précisément pour cela qu’il vaut mieux savoir.
Le corps, les gestes, la tenue
La tête est noble, les pieds ne le sont pas. On ne caresse pas la tête d’un enfant, même affectueusement ; on ne pointe pas ses pieds vers un autel ni vers une personne.
On désigne de la main ouverte, jamais de l’index. Et l’on appelle quelqu’un paume vers le bas, en repliant les doigts — la paume vers le haut sert à appeler un chien.
Peu de contacts physiques entre adultes, surtout entre hommes et femmes. Pas d’accolade, pas de bise. Une poignée de main légère, souvent à deux mains, convient partout.
Chaussures : on se déchausse dans une maison, un temple, parfois une boutique. Suivez les chaussures posées à l’entrée.
Tenue : épaules et genoux couverts dans les lieux de culte, et globalement plus couvert que sur une plage méditerranéenne dès qu’on quitte le bord de mer.
Les démonstrations d’affection en public restent discrètes chez les couples vietnamiens, mais personne ne s’offusquera de vous voir main dans la main.
Argent, cadeaux, pourboires
Le pourboire n’est pas une tradition vietnamienne, mais il s’est installé dans le tourisme et il est aujourd’hui attendu pour un guide et un chauffeur. Il n’a rien d’obligatoire, il récompense un travail : donnez en fin de séjour, dans une enveloppe, discrètement et à chacun séparément. Au restaurant, arrondir suffit ; dans un taxi, rien n’est attendu.Si vous êtes invité chez quelqu’un, n’arrivez pas les mains vides : des fruits, du thé, des gâteaux, ou quelque chose de votre région. On offre et l’on reçoit à deux mains, et le cadeau ne s’ouvre généralement pas devant celui qui l’a apporté.À éviter : les objets noirs, les couteaux et les ciseaux — qui coupent la relation —, les montres, et les mouchoirs. Le chiffre quatre porte malheur, le huit porte chance ; cela vaut aussi pour les sommes dans une enveloppe.Enfin, ne donnez ni argent ni bonbons aux enfants dans les villages. C’est la pratique qui a transformé certains hameaux du Nord en lieux de mendicité, au détriment de l’école. Si vous voulez soutenir une famille, achetez ce qu’elle fabrique.
Dix mots qui changent tout
Xin chào — bonjour
Cảm ơn — merci
Xin lỗi — pardon, excusez-moi
Bao nhiêu ? — combien ?
Ngon quá ! — c’est délicieux (le compliment qui ouvre toutes les portes)
Không cảm ơn — non merci
Ít cay — peu épicé
Không đường — sans sucre
Tính tiền — l’addition
Vệ sinh ở đâu ? — où sont les toilettes ?
Le vietnamien est une langue à six tons et votre prononciation sera fausse. Cela n’a aucune importance : l’effort compte infiniment plus que le résultat, et un ngon quá mal prononcé dans une échoppe vous vaudra un accueil que dix phrases en anglais n’obtiendront jamais.
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Dans les maisons, oui, toujours. Dans les temples et pagodes, pour entrer dans le sanctuaire principal. Dans certaines boutiques et salons de massage, également. La règle est simple : regardez s’il y a des chaussures posées à l’entrée.
Combien faut-il donner en pourboire ?
Rien n’est obligatoire. Pour un guide et un chauffeur qui vous ont accompagné plusieurs jours, une enveloppe remise en fin de séjour, séparément pour chacun, est d’usage. Au restaurant, arrondir suffit. Dans un taxi ou un Grab, rien n’est attendu. Nous vous donnons des ordres de grandeur avant le départ si vous le souhaitez.
Pourquoi me demande-t-on mon âge ?
Parce que le vietnamien n’a pas de « vous » neutre : le pronom dépend de l’âge relatif des interlocuteurs. Sans cette information, votre interlocuteur ne sait pas quel mot employer. La question n’est pas indiscrète, elle est grammaticale.
Peut-on marchander partout ?
Non. Sur les marchés et dans les échoppes sans prix affiché, oui, avec le sourire. Jamais dans un restaurant, un atelier d’artisan, un magasin étiqueté ni un taxi à compteur. Et jamais durement : celui qui s’énerve perd.
Que faire si je commets un impair ?
Presque rien ne sera dit, et c’est justement le problème. Un sourire et un xin lỗi suffisent à tout réparer. Les Vietnamiens sont indulgents avec les étrangers de bonne foi ; ce qui se pardonne mal, c’est l’impatience et la voix qui monte.
Faut-il apprendre le vietnamien avant de partir ?
Dix mots suffisent largement, et votre prononciation sera fausse de toute façon — c’est une langue à six tons. L’effort est ce qui compte : il change complètement la qualité des échanges, même mal exécuté.
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