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Récits

Le Vietnam hors des sentiers battus

La grande majorité des voyageurs qui arrivent au Vietnam suivent la même ligne : Hanoï, la baie d'Halong, Hué, Hoi An, Saigon, le Mékong. C'est un magnifique voyage. Ce n'est pas le seul.

En bref

Au Centre
Le plateau de Kon Tum et Quy Nhon
Au Sud
Con Dao et les villages d’artisans du delta
Le vrai critère
Le temps de route : chaque détour se paie sur une autre étape
Kom Tum

La boucle de Ha Giang

La province la plus septentrionale du pays est aussi la plus verticale. Sur trois cent cinquante kilomètres, la route s’accroche à des falaises calcaires, franchit le col de Mã Pí Lèng au-dessus du canyon de Tu Sản — sept cents mètres de à-pic, le plus profond d’Asie du Sud-Est — puis redescend vers des vallées où l’on cultive le maïs entre les rochers, faute de terre.Le plateau karstique de Đồng Văn est classé géoparc mondial par l’UNESCO depuis 2010. On y visite le palais des rois Hmong, une demeure sino-française bâtie en 1902 par une famille qui contrôlait le commerce de l’opium, et l’on s’arrête surtout aux marchés du dimanche de Mèo Vạc et de Đồng Văn, où l’on vend encore des buffles et des chevaux à la criée.La contrepartie est réelle et nous préférons la dire : cinq à sept heures de route sinueuse par jour, un hébergement rustique au-dessus de mille mètres, un climat qui change en une heure. Depuis juin 2026, un permis de zone frontalière est exigé des voyageurs étrangers dans quatre districts. Ce n’est pas un voyage difficile à organiser — nous nous en chargeons — mais c’est un voyage qui se mérite.Lire notre fiche complète sur Ha Giang →

Pu Luong

À quatre heures de Hanoï seulement, une réserve naturelle de dix-sept mille hectares où les rizières en terrasse valent celles de Sa Pa sans en avoir les bus. La différence tient à une chose : Pu Luong n’a jamais eu de gare. La ligne construite par les Français s’arrête ailleurs, et le tourisme de masse a suivi le rail.On y marche d’un hameau Thái à l’autre, entre des roues à aubes en bambou qui remontent l’eau vers les terrasses hautes — un système d’irrigation sans moteur, toujours en service. On dort sur pilotis, dans des maisons familiales devenues confortables sans cesser d’être des maisons : eau chaude, moustiquaire, parfois une piscine à débordement face à la vallée.Deux moissons par an, c’est l’avantage décisif : les terrasses sont dorées fin mai-début juin, puis à nouveau fin septembre. La plupart des régions du Nord n’offrent cette lumière qu’une fois l’an, ce qui rend leurs dates tyranniques. Ici, deux fenêtres au lieu d’une.Lire notre fiche complète sur Pu Luong →

Le plateau de Kon Tum

Les hauts plateaux du Centre restent la région la moins visitée du pays, et Kon Tum en est le cœur. On y vient pour les maisons communes rông des villages Bahnar, dont le toit de chaume monté sur pilotis atteint parfois vingt mètres : une architecture sans clou, refaite collectivement tous les quinze ou vingt ans.La ville elle-même garde une église en bois de 1913, construite par les missionnaires français dans le style des maisons bahnar plutôt que dans celui des églises de France — un métissage architectural qu’on ne retrouve nulle part ailleurs en Asie. Le catholicisme montagnard qui en est né reste vivant, et il ne ressemble à rien de ce que l’on connaît.Autour, ce sont les plantations d’altitude. Le Vietnam est le deuxième exportateur mondial de café et le premier producteur de robusta ; l’essentiel sort d’ici. Les meilleurs arabicas de Măng Đen, cultivés au-dessus de mille mètres, ne partent presque pas à l’export : ils se boivent sur place.

Quy Nhon

La côte que Nha Trang était il y a trente ans. Quy Nhon est une vraie ville de pêche de trois cent mille habitants, pas une station balnéaire, et cela change tout : le port travaille à l’aube, les plages de Kỳ Co et de Eo Gió se méritent en barque ou par une route de corniche, et l’on dîne de fruits de mer dans des échoppes où personne ne parle anglais.La province de Bình Định fut le cœur du royaume cham. Les tours de Bánh Ít et les tours jumelles se dressent sur les collines depuis le XIe siècle, en brique rouge assemblée sans mortier visible — une technique dont on discute encore le procédé. Elles sont presque toujours vides de visiteurs.C’est aussi le berceau des arts martiaux vietnamiens et le pays natal de l’empereur Quang Trung. Deux à trois nuits suffisent à s’y attacher, et Quy Nhon a l’avantage rare de s’insérer dans un trajet Nord-Sud sans imposer de détour.

Sortir des sentiers battus ne veut pas dire renoncer au confort. Cela veut dire accepter d’arriver quelque part sans savoir exactement ce qu’on va y trouver.

Con Dao

Seize îles au large du delta du Mékong, dont une seule est habitée. L’archipel fut d’abord un bagne : le pénitencier ouvert par l’administration coloniale en 1862, puis repris par les régimes suivants, a enfermé des générations de prisonniers politiques jusqu’en 1975. Les « cages à tigres » se visitent, et le cimetière de Hàng Dương reçoit chaque nuit des visiteurs venus fleurir la tombe de Võ Thị Sáu.C’est une page d’histoire franco-vietnamienne que peu de voyageurs français connaissent, et elle se raconte sans complaisance ni réquisitoire — c’est ainsi que nos guides la traitent.Le reste de l’archipel est un parc national. Les tortues vertes viennent pondre sur les plages de Bảy Cạnh entre juin et septembre, et l’on peut assister à une ponte de nuit, encadré par les gardes du parc. On y va pour cela, et pour un silence qui n’existe plus ailleurs sur la côte vietnamienne. Comptez un vol depuis Saigon et trois nuits au minimum.Lire notre fiche complète sur Con Dao →

Les villages d’artisans du delta du Fleuve Rouge

La sortie la plus facile à ajouter à un circuit classique, et la plus sous-estimée. Dans un rayon de quarante kilomètres autour de Hanoï, une centaine de villages pratiquent chacun un seul métier, souvent depuis le XVe siècle : la céramique à Bát Tràng, la soie à Vạn Phúc, la laque à Hạ Thái, le bronze à Đại Bái, le papier dó, les estampes populaires de Đông Hồ, les chapeaux coniques de Chương.Ce ne sont pas des écomusées. Ce sont des villages qui produisent, avec des ateliers familiaux où l’on entre par la cour, et où l’on vous met les mains dans l’argile ou la laque si vous le demandez.Trois jours à vélo suffisent à en enchaîner quatre ou cinq, en dormant chez l’habitant. C’est plat, c’est proche, et c’est le seul « hors des sentiers battus » qui ne coûte ni journée de route ni confort — la porte d’entrée idéale pour un premier voyage qui veut sortir du circuit standard sans le bouleverser.

Cao Bang

La chute de Bản Giốc tombe sur trois paliers, large de trois cents mètres, exactement sur la frontière chinoise : la moitié gauche appartient à la Chine, la droite au Vietnam, et l’on s’en approche en radeau de bambou jusqu’à la ligne. C’est la plus grande cascade frontalière d’Asie et l’une des rares images du Vietnam que les photographies ne parviennent pas à exagérer.À côté, la grotte de Ngườm Ngao développe plus de deux kilomètres de galeries, et les lacs de Thăng Hen changent de niveau selon la saison par un jeu de réseaux souterrains. L’ensemble est classé géoparc mondial UNESCO depuis 2018 — le deuxième du pays après Đồng Văn.Cao Bang s’enchaîne naturellement avec Ha Giang, en trois jours supplémentaires, par une route de montagne qui évite de revenir sur Hanoï. C’est notre meilleure recommandation pour un deuxième voyage au Vietnam : assez proche du Nord classique pour être familier, assez loin pour n’avoir presque aucun point commun avec lui.
Duong Lam

Comment choisir

  • Premier voyage, envie d’un écart mesuré : les villages d’artisans du delta, ou Pu Luong. Trois jours, aucun sacrifice de confort.
  • Deuxième voyage : Ha Giang, ou Cao Bang si vous avez déjà fait Ha Giang. Comptez cinq à six jours.
  • Avec des enfants : Pu Luong et Mai Châu, jamais Ha Giang — les routes de montagne y sont trop longues.
  • Pour finir par la mer : Quy Nhon si vous traversez le pays, Con Dao si vous acceptez un vol et trois nuits.
  • Saison : septembre à novembre et mars-avril pour les montagnes du Nord. Évitez juillet-août, où les glissements de terrain coupent régulièrement les routes.
Dites-nous simplement combien de jours vous pouvez dégager au-delà du parcours classique. Deux jours changent déjà un voyage ; cinq en font un autre.

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Questions fréquentes

Faut-il un permis pour la boucle de Ha Giang ?

Oui, pour les voyageurs étrangers. Un permis de zone frontalière est exigé dans les districts de Quản Bạ, Yên Minh, Đồng Văn et Mèo Vạc, c’est-à-dire l’essentiel de la boucle. Il coûte environ 250 000 ₫ (10 €). Depuis juin 2026 les contrôles sont fréquents, notamment à l’entrée du col de Mã Pí Lèng, et l’absence de permis vaut une amende ou un demi-tour jusqu’à Hà Giang. Nous l’obtenons pour vous avant votre arrivée.

Faut-il faire ces routes à moto ?

Non. La boucle de Ha Giang s’est fait une réputation de voyage à moto, mais elle se parcourt très bien en voiture privée avec chauffeur, 60 à 110 € la journée à partager entre vous. C’est même le seul choix raisonnable si vous voyagez avec des enfants, si vous n’avez pas d’expérience de la moto en montagne, ou si vous préférez regarder le paysage plutôt que la route.

Quel niveau de confort faut-il attendre ?

Variable, et c’est la vraie contrepartie. À Pu Luong et Mai Châu, les maisons sur pilotis sont confortables : eau chaude, moustiquaires, parfois une piscine. Sur les hauteurs de Ha Giang et de Cao Bang, c’est plus rustique — chambre simple, chauffage rare, et il fait froid de décembre à février. Comptez 15 à 25 € la nuit chez l’habitant.

Combien de jours ajouter à un circuit classique ?

Cela dépend de la région. Les villages d’artisans du delta du Fleuve Rouge s’ajoutent en deux ou trois jours depuis Hanoï, sans rien bouleverser. Pu Luong demande trois jours, Ha Giang cinq à six, Cao Bang trois de plus si vous l’enchaînez. Kon Tum et Quy Nhon s’insèrent dans un trajet Nord-Sud sans détour. Con Dao, en revanche, exige un vol et trois nuits au minimum.

Est-ce envisageable avec des enfants ou des parents âgés ?

Certaines régions oui, d’autres non, et nous préférons le dire avant. Pu Luong, Mai Châu et les villages d’artisans conviennent très bien : trajets courts, marches faciles, hébergement confortable. Ha Giang et Cao Bang imposent cinq à sept heures de routes de montagne sinueuses par jour — c’est éprouvant pour un enfant de moins de dix ans et pour toute personne sujette au mal des transports.

Quelle est la meilleure saison pour ces régions ?

Pour les montagnes du Nord — Ha Giang, Cao Bang, Pu Luong — de septembre à novembre, et mars-avril. Évitez juillet-août, saison des pluies, où les glissements de terrain coupent régulièrement les routes, et décembre-février où il peut geler à 1 400 mètres. Con Dao se visite de mars à juillet, et les tortues vertes y pondent entre juin et septembre. Quy Nhon et Kon Tum suivent le calendrier du Centre, décalé par rapport au reste du pays.

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