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Le bambou, le lotus et le banian : trois plantes qui racontent le Vietnam

Trois plantes reviennent partout : autour des villages, sur les étangs, à l’entrée des temples. Elles ne sont pas décoratives. Le bambou a bâti les maisons et les armes, le lotus donne son image au pays, et le banian abrite l’esprit du village.

Le bambou, ou la matière de tout

Le Vietnam compte plus de deux cents espèces de bambou, et il n’existe pratiquement aucun objet traditionnel qui ne puisse en être fait. La charpente de la maison, les cloisons, le plancher sur pilotis, la palanche, le panier, la nasse, la natte, la baguette, le tube à riz gluant, l’échafaudage, le radeau, la roue à aubes qui relève l’eau vers les terrasses de Pu Luong, le bateau rond de la côte centrale.Il pousse jusqu’à un mètre par jour pour certaines espèces, atteint sa taille adulte en trois à cinq ans, se coupe sans tuer la souche et repousse seul. Aucun bois ne fait cela. C’est pourquoi le bambou est resté la matière du pauvre et de l’urgence — et de la résistance.

Un mètre par jour, la taille adulte en trois ans, et il repousse seul : aucun bois ne fait cela.

La haie de bambou, la lũy tre, ceinturait chaque village du delta du fleuve Rouge. Elle servait de brise-vent, de réserve de matériau et de rempart : dense, épineuse, impossible à brûler quand elle est verte, elle a arrêté des cavaliers pendant des siècles. Le proverbe le dit sans détour : le village est plus fort que le roi — littéralement, la loi du roi cède devant la coutume du village.Et les pieux ferrés plantés dans l’estuaire de la Bach Dang, qui détruisirent trois flottes chinoises en 938, 981 et 1288, étaient des troncs de bois durci au feu. Le récit national vietnamien s’est écrit en partie avec cette plante.
Fleurs de lotus

Ce que l’on peut voir et rapporter

Les villages de vannerie se visitent facilement autour de Hanoï et dans le delta. Phu Vinh, à trente kilomètres de la capitale, tresse le rotin et le bambou depuis quatre siècles ; on y voit fendre la tige en lamelles régulières à la serpe, geste qui demande des années.La distinction à connaître est celle du bambou et du rotin. Le premier est creux et rigide, on le fend ; le second est une liane pleine et souple, on le tord. Un bon panier mélange les deux : armature de bambou, ligature de rotin.Ce qui voyage bien : les nattes fines, les éventails, les boîtes à riz à double paroi, les paniers vapeur. Ce qui ne voyage pas : le mobilier, sauf à le faire expédier.
Grand banian au bord d’une route

Le lotus, fleur nationale de fait

Le lotus n’a jamais été officiellement déclaré fleur nationale, et pourtant il l’est : logo de la compagnie aérienne nationale, motif des temples, emblème des sculptures du XIe siècle. Sa symbolique bouddhique est connue — il pousse dans la vase et s’ouvre pur à la surface — et un poème populaire que tout le monde connaît en tire la morale : « près de la boue, sans en garder l’odeur ».Mais le lotus est aussi un légume complet, et c’est ce que les voyageurs découvrent. La graine se mange fraîche ou confite, et entre dans le gâteau de lune. Le rhizome se coupe en tronçons ajourés et se marine pour la salade de lotus, plat de Huế. La tige jeune, épluchée, se mange crue. Le germe vert du cœur de la graine, très amer, s’infuse contre l’insomnie. La feuille sert à envelopper le riz.
Fleur de lotus

Le thé au lotus, et pourquoi il coûte si cher

La spécialité la plus raffinée du lac de l’Ouest, à Hanoï, est le trà sen. La méthode traditionnelle consiste à prélever les étamines au cœur de la fleur — il en faut environ mille deux cents fleurs pour un kilo de thé — et à les mêler au thé vert pendant plusieurs jours, en répétant l’opération cinq à sept fois avec des étamines fraîches.Le résultat se vend plusieurs centaines d’euros le kilo et se boit dans de très petites tasses. Une variante plus poétique consiste à glisser une pincée de thé dans une fleur encore fermée sur l’étang, à la lier, et à la récolter le lendemain matin.La saison du lotus va de juin à août. Si vous êtes à Hanoï pendant ces mois, le lac de l’Ouest à l’aube vaut le réveil : les étangs sont entièrement roses et les récolteuses entrent dans l’eau jusqu’à la taille.
Racines d’un banian et statues

Le banian, l’arbre du village

Le banian, cây đa, est un figuier étrangleur dont les racines aériennes retombent des branches et finissent par former de nouveaux troncs. Un vieux banian couvre facilement plusieurs centaines de mètres carrés et vit plusieurs siècles.Dans le delta du fleuve Rouge, il forme avec deux autres éléments la scène fondatrice du village : cây đa, bến nước, sân đình — le banian, l’embarcadère, la cour de la maison communale. C’est sous le banian que l’on se repose, que l’on attend, que l’on se rencontre ; c’est aussi là que les esprits résident, et l’on trouve presque toujours un petit autel à son pied.On ne coupe pas un banian. Les histoires de malheurs survenus à ceux qui l’ont fait circulent partout, et les routes nouvelles les contournent plus souvent qu’on ne le croit. Le grand banian de Hai Duong, plusieurs fois centenaire, ou celui du temple de la Dame Chþa Xú dans le Sud, sont des lieux de pèlerinage.
Haie de bambous

Regarder un village autrement

Avec ces trois plantes en tête, un village du delta se lit d’un coup d’œil. La haie de bambou marque la limite — souvent réduite à quelques touffes aujourd’hui, mais le tracé reste. L’étang au centre, creusé pour fournir la terre des remblais, est planté de lotus et de légumes d’eau. Le banian et la maison communale forment la place.Ces trois éléments composent une organisation qui a peu changé en mille ans, et qui explique la formule que vous entendrez : phép vua thua lệ làng, la loi du roi cède devant la coutume du village. Un pouvoir central confucéen, et derrière la haie de bambou, une autonomie réelle.Demandez à votre guide de vous arrêter dans un village ordinaire, sans rien à visiter. C’est souvent la demi-heure dont les voyageurs se souviennent le mieux.

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Questions fréquentes

Pourquoi le bambou est-il si présent au Vietnam ?

Parce qu’il pousse jusqu’à un mètre par jour, atteint sa taille adulte en trois à cinq ans et repousse après la coupe sans replantation. Il sert à tout : charpente, panier, natte, échafaudage, bateau, roue à aubes.

Le lotus est-il la fleur nationale du Vietnam ?

Officiellement non, aucun texte ne l’a déclaré. Dans les faits oui : elle est l’emblème de la compagnie aérienne nationale, le motif dominant des temples et le symbole bouddhique de la pureté.

Quand voir les lotus en fleur ?

De juin à août, avec un pic en juillet. Le lac de l’Ouest à Hanoï et les étangs de Ninh Binh sont alors entièrement roses. Allez-y à l’aube.

Pourquoi le thé au lotus est-il si cher ?

Parce qu’il faut les étamines d’environ mille deux cents fleurs pour parfumer un kilo de thé, et que l’opération se répète cinq à sept fois avec des étamines fraîches. C’est plusieurs jours de travail manuel.

Qu’est-ce qu’un banian ?

Un figuier étrangleur dont les racines aériennes forment de nouveaux troncs. Il occupe le centre des villages du delta, avec l’embarcadère et la maison communale, et l’on y trouve presque toujours un autel à son pied.

Peut-on rapporter de la vannerie de bambou ?

Oui, et c’est léger. Nattes fines, éventails, boîtes à riz à double paroi et paniers vapeur voyagent très bien. Le mobilier, non, sauf à le faire expédier.

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