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Le scooter, la rue et l’art de traverser au Vietnam

Soixante-cinq millions de deux-roues pour cent millions d’habitants. Le scooter n’est pas un moyen de transport au Vietnam, c’est une infrastructure, un commerce, un salon et une salle à manger — et il explique la forme même des villes.

Un pays qui roule à deux roues

Le Vietnam compte environ soixante-cinq millions de motos et scooters immatriculés pour cent millions d’habitants : c’est l’un des taux les plus élevés du monde. À Hanoï comme à Hô Chi Minh-Ville, ils représentent plus de quatre-vingts pour cent des déplacements.Ce n’est pas seulement une question de revenu. La forme des villes l’impose : le tissu urbain vietnamien est fait de ruelles — les hẻm — de deux à trois mètres de large, où vit une part considérable de la population et où aucune voiture ne passe. Le scooter est le seul véhicule dimensionné pour cette ville-là.

Le tissu urbain est fait de ruelles de deux mètres où aucune voiture ne passe. Le scooter est le seul véhicule dimensionné pour cette ville.

Il est aussi un outil de travail. On y transporte des cages à volailles, des vitres, des sommiers, des arbres de Tết de deux mètres, un frigo, une famille de cinq. Les photographies qui circulent sur ce thème font sourire ; sur place, on comprend vite que c’est un savoir-faire, pas une imprudence.
Famille à scooter

De la Mobylette au Honda

L’histoire commence avec les Français : la Mobylette et le Solex équipent les villes coloniales, et le mot xe máy — « véhicule à moteur » — date de cette époque. Dans le Sud des années 1960, la Vespa et la Lambretta deviennent des marqueurs sociaux, puis la Honda Cub, importée massivement, s’impose au point que honda devient le nom commun du scooter dans une partie du pays.Le basculement de masse date du Đổi mới, la libéralisation économique de 1986, et surtout des années 1990-2000 : les modèles assemblés localement et les importations chinoises font tomber les prix, et le parc explose.La génération suivante est électrique. Les scooters électriques et les flottes de VTC à deux roues transforment déjà le paysage sonore des villes, et Hanoï comme Hô Chi Minh-Ville prévoient de restreindre les deux-roues thermiques dans leur centre. Le pays qui a le plus roulé à l’essence sera peut-être le premier à en sortir.
À scooter dans la rue

Traverser la rue : la méthode

C’est la première difficulté concrète du voyage, et elle se résout en une phrase : avancez lentement, régulièrement, sans à-coup, et ne reculez jamais.Le raisonnement est simple. Les conducteurs de deux-roues calculent votre trajectoire plusieurs secondes à l’avance et vous contournent par l’avant ou par l’arrière. Tant que vous êtes prévisible, le calcul fonctionne. Ce qui est dangereux, c’est de s’arrêter au milieu, de courir ou de faire un pas en arrière : le flux s’était organisé autour de vous, et vous cassez son hypothèse.Deux exceptions. Les voitures et les bus ne freinent pas de la même façon : laissez-les passer. Et un feu vert ne garantit rien — les tourne-à-droite continuent.Attendre un trou dans la circulation ne fonctionne pas. Il n’y en aura pas.
Carrefour animé à Hanoï

La rue comme pièce à vivre

La maison-tube vietnamienne — deux à trois mètres de façade, trente de profondeur — a une conséquence directe : le rez-de-chaussée est occupé par le commerce et par les scooters garés, et la vie déborde sur le trottoir. C’est là que l’on mange, que l’on coupe les cheveux, que l’on répare, que l’on joue aux échecs chinois et que l’on fait la sieste dans un hamac tendu entre deux poteaux.Le tabouret de plastique de trente centimètres est l’objet emblématique de cette organisation. Il se range en pile, se sort par dizaines à dix-sept heures, et disparaît avant la ronde de la police municipale. Toute la restauration de rue vietnamienne tient sur ce meuble.Un corollaire pratique : le trottoir n’est pas un espace piéton. On y trouve des scooters garés, des cuisines, des étals, et les piétons marchent sur la chaussée. Ce n’est pas du désordre, c’est une autre répartition de l’espace — et elle fonctionne.
Vélos et scooters dans une rue de Hoi An

Faut-il louer un scooter ?

Notre réponse est non dans la quasi-totalité des cas, et il vaut mieux dire pourquoi précisément.D’abord l’assurance : conduire un deux-roues de plus de 50 cm³ exige un permis moto vietnamien ou un permis international reconnu, et la plupart des contrats d’assurance voyage excluent les dommages subis en conduisant sans ce titre. Une chute banale peut alors coûter très cher.Ensuite les conditions : routes de montagne étroites et sans glissière à Ha Giang, brouillard sur les cols, camions, bétail sur la chaussée la nuit. Les accidents graves de voyageurs étrangers sur la boucle de Ha Giang sont fréquents et rarement racontés.Nous proposons deux alternatives. Le pilote local, qui conduit pendant que vous êtes passager — c’est la formule dite easy rider, et elle donne exactement la même expérience. Et la sortie encadrée en ville, avec un guide en scooter, pour les tours culinaires du soir à Saigon ou à Hanoï : c’est l’activité la mieux notée par nos voyageurs, et elle se fait en une soirée.Le casque est obligatoire pour le conducteur comme pour le passager, y compris sur cent mètres. Ceux fournis par les loueurs sont souvent décoratifs : demandez-en un correct.
Circulation dense en ville

Ce que le scooter dit du pays

Une dernière remarque, qui n’est pas anecdotique. Les déplacements à deux-roues expliquent une bonne part de ce qui frappe le voyageur : la ville qui ne dort pas, parce qu’on rentre facilement à minuit ; le commerce en rez-de-chaussée, parce qu’on s’arrête sans se garer ; la livraison omniprésente, parce qu’un scooter passe partout ; et une forme d’autonomie individuelle qui contraste avec l’image d’une société très encadrée.Quand les villes basculeront vers le métro et l’électrique — le premier métro de Hô Chi Minh-Ville a ouvert en 2024, celui de Hanoï en 2021 — c’est cette organisation de la rue qui changera. Vous voyagez dans un pays au milieu de cette bascule.

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Questions fréquentes

Comment traverser la rue au Vietnam ?

On avance lentement, régulièrement, sans à-coup, et l’on ne recule jamais. Les deux-roues calculent votre trajectoire et vous contournent tant que vous êtes prévisible. Laissez en revanche passer les voitures et les bus.

Peut-on louer un scooter en tant que touriste ?

C’est possible mais nous le déconseillons. Au-delà de 50 cm³ il faut un permis moto reconnu, faute de quoi l’assurance voyage ne couvre pas les dommages. Nous proposons plutôt un pilote local ou une sortie encadrée.

Le casque est-il obligatoire ?

Oui, pour le conducteur comme pour le passager, sur tout trajet. Les casques fournis par les loueurs sont souvent de mauvaise qualité ; demandez-en un correct.

Pourquoi y a-t-il autant de scooters ?

Environ soixante-cinq millions pour cent millions d’habitants. La raison principale est urbaine : les villes vietnamiennes sont faites de ruelles de deux à trois mètres où aucune voiture ne passe.

Est-il dangereux de circuler à Ha Giang à moto ?

Pour un conducteur non expérimenté, oui. Routes étroites sans glissière, brouillard, camions, bétail la nuit : les accidents graves de voyageurs étrangers y sont fréquents. Nous travaillons avec des pilotes locaux.

Qu’est-ce qu’un tour culinaire en scooter ?

Une soirée de trois à quatre heures, en passager derrière un guide, avec quatre à six arrêts dans des quartiers différents. C’est l’activité que nos voyageurs citent le plus souvent au retour, à Saigon comme à Hanoï.

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