Musique et arts de la scène : ce qui se joue encore
Un théâtre né dans une rizière inondée, une musique de cour reconstituée par quelques vieillards, un chant savant où celui qui écoute tient un tambour. Quatre formes, quatre mondes, et l’adresse où les entendre pour de vrai.
Les marionnettes sur l’eau
C’est la seule forme théâtrale au monde née dans une rizière. Quand le delta du Fleuve Rouge était inondé, les villageois jouaient depuis l’eau : les marionnettistes se tiennent immergés jusqu’à la taille derrière un rideau de bambou et manipulent les figurines au bout de longues perches immergées, invisibles sous la surface.Le répertoire est paysan avant d’être royal : le repiquage du riz, la pêche à la nasse, la course de barques, le dragon qui surgit dans une gerbe d’eau, et le personnage de Chú Tểu, bon vivant à gros ventre, qui ouvre chaque spectacle. Un orchestre de chèo joue sur le côté et les chanteurs dialoguent avec les marionnettes.Disons-le franchement : le spectacle de Hanoï est devenu un produit touristique, joué plusieurs fois par jour devant des salles pleines d’étrangers. Il reste beau, court, et parfait avec des enfants. Mais si votre itinéraire passe par un village du delta où une troupe locale joue sur un étang, choisissez celui-là : ce n’est pas le même objet.
La musique de cour de Huế
Le nhã nhạc, « musique élégante », accompagnait les rites de la cour impériale : sacrifices, anniversaires, réceptions d’ambassadeurs. Il a été inscrit en 2003 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO — la première distinction de ce type accordée au Vietnam.L’ensemble mêle tambours, gongs, flûtes, luth en forme de lune et vièle à deux cordes. Le résultat est lent, très codé, sans le lyrisme auquel une oreille européenne s’attend. Il faut l’écouter comme on regarde une cérémonie, pas comme on écoute un concert.La dynastie s’étant achevée en 1945, la transmission a failli s’interrompre : quelques musiciens âgés ont permis de reconstituer le répertoire dans les années 1990. On l’entend aujourd’hui dans la Cité impériale et, mieux, lors d’un concert sur une barque de la rivière des Parfums à la tombée du jour.
Le ca trù, et ce qui a failli disparaître
Le ca trù est l’exact contraire du spectacle : trois personnes dans une petite pièce. Une chanteuse qui bat elle-même le rythme sur deux baguettes de bambou, un luth à trois cordes, et un troisième participant — le lettré qui écoute — frappant un petit tambour pour approuver un vers. L’auditeur fait partie de l’ensemble.Cet art savant des maisons de chant a été assimilé après 1945 à une pratique décadente et a presque disparu pendant cinquante ans. L’UNESCO l’a inscrit en 2009 sur la liste du patrimoine nécessitant une sauvegarde urgente, ce qui en dit long : il ne restait qu’une poignée de maîtres capables de l’enseigner.Quelques clubs de Hanoï en donnent aujourd’hui dans des maisons du vieux quartier, devant vingt personnes. La voix, ornementée et tendue, déroute au début. C’est l’expérience musicale la plus exigeante du pays, et la plus mémorable.
Dans le ca trù, celui qui écoute tient un tambour. Approuver un vers fait partie de la partition.
Le Sud : cải lương et đờn ca tài tử
Le đờn ca tài tử est la musique de chambre du delta du Mékong, jouée entre amis après le travail, sur une terrasse ou dans un jardin. Inscrite à l’UNESCO en 2013, elle a la souplesse d’une conversation : les musiciens improvisent autour de canevas connus, et l’on s’arrête quand la nuit tombe.Le cải lương en est la version théâtrale, née au début du XXe siècle : un opéra populaire du Sud, mélodramatique, avec costumes, orchestre et l’air fameux du vong cổ que le public attend comme on attend un grand air. Il a connu son âge d’or à Saigon dans les années 1950 et 1960 et résiste aujourd’hui difficilement à la télévision.Enfin le hát xẩm, chant des aveugles ambulants qui vivaient de leur voix sur les marchés et les quais du Nord. Presque éteint, il renaît grâce à quelques jeunes troupes, et l’on peut en entendre certains soirs autour du lac Hoàn Kiếm, dans la rue.
Ce qu’il faut aller écouter
Avec des enfants : les marionnettes sur l’eau, cinquante minutes, aucun problème de langue — c’est visuel.
À Huế : le nhã nhạc sur une barque de la rivière des Parfums, en fin de journée, plutôt que la version courte des visites de la Cité.
À Hanoï, pour une seule soirée : un ca trù dans une maison du vieux quartier. Vingt personnes, une heure, et rien de touristique.
Dans le delta : une session de đờn ca tài tử chez l’habitant, souvent après le dîner, sans scène ni billetterie.
Dans les montagnes : les danses xòe thái, inscrites à l’UNESCO en 2021, se dansent en cercle et vous y serez tiré par la main.
Aucun de ces concerts ne dure plus d’une heure et aucun ne coûte cher. Le plus difficile est de tomber au bon moment : les sessions authentiques ne suivent pas de calendrier. C’est notre équipe locale qui les repère et les glisse dans l’itinéraire quand elles tombent pendant votre séjour.
Une question ?
Une question sur cette étape ?
Écrivez-nous sur WhatsApp, la réponse arrive dans la journée.
Le spectacle de marionnettes de Hanoï vaut-il le détour ?
Oui, surtout avec des enfants : cinquante minutes, visuel, aucun problème de langue. Sachez seulement que c’est devenu un produit touristique joué plusieurs fois par jour. Si votre itinéraire croise une troupe de village jouant sur un étang, préférez celle-là.
Faut-il connaître la musique asiatique pour apprécier ?
Non, mais il faut accepter de ne pas retrouver ses repères. Le nhã nhạc s’écoute comme on regarde une cérémonie ; le ca trù déroute par sa voix tendue. Une petite explication avant le concert change tout, et nos guides la donnent.
Combien de temps durent ces concerts ?
Rarement plus d’une heure. Marionnettes : cinquante minutes. Ca trù : une heure environ, devant une vingtaine de personnes. Nhã nhạc sur barque : une heure avec le trajet sur la rivière.
Peut-on assister à une session non touristique ?
Oui, et c’est tout l’intérêt : đờn ca tài tử chez l’habitant dans le delta, xẩm dans la rue à Hanoï, xòe dans un village thái. Mais ces sessions ne suivent aucun calendrier publié : c’est notre équipe sur place qui les repère.
Faut-il réserver ?
Pour les marionnettes de Hanoï, oui, en haute saison surtout. Pour un ca trù, la salle est petite et la réservation indispensable. Nous nous en chargeons dans le cadre de l’itinéraire.
Peut-on rapporter des enregistrements ?
Les enregistrements de nhã nhạc et de ca trù se trouvent en ligne, souvent publiés par les instituts de conservation vietnamiens. Sur place, quelques boutiques de Huế et de Hanoï vendent des disques de troupes locales — c’est un souvenir plus juste qu’un objet.
Passer à la pratique
Les circuits où l’on vit ce dont parle cet article