Le Vietnam et la mer : 3 260 kilomètres de côtes et une vie à part
Aucun point du Vietnam n’est à plus de cinq cents kilomètres de la mer, et la moitié du pays vit à moins de cent. Pourtant les Việt sont historiquement un peuple de rizière, pas de navigation — et cette tension explique beaucoup de choses, du goût du nuoc-mam aux tensions en mer de Chine.
Un peuple de rizière au bord de l’océan
Le Vietnam compte trois mille deux cent soixante kilomètres de côtes et plus de trois mille îles. Sa forme même — une bande étroite, cinquante kilomètres de large à hauteur de Dong Hoi — fait que la mer n’est jamais loin.Et pourtant, la civilisation việt s’est construite dans les deltas, dos à l’océan. Le riz irrigué, les digues, le village ceint de bambou : rien de tout cela ne regarde vers le large. Les grandes puissances maritimes de la région furent les Cham, hindouistes et commerçants, tournés vers l’Inde et Java, que la marche vers le sud a absorbés entre le XVe et le XVIIe siècle. Le Vietnam a hérité de leur littoral sans hériter tout de suite de leur rapport à la mer.
La civilisation việt s’est construite dans les deltas, dos à l’océan.
Cela a changé. La pêche et l’aquaculture emploient aujourd’hui plusieurs millions de personnes et le pays figure parmi les tout premiers exportateurs mondiaux de produits de la mer — crevettes, pangasius, thon.
Le bateau rond, invention ou légende ?
Le thúng chai est l’embarcation la plus étonnante de la côte : un panier de bambou tressé de deux à trois mètres de diamètre, étanchéifié à la résine, sans quille ni proue. On le manie à la godille, d’un seul aviron, en décrivant un huit ; mal ramé, il tourne sur lui-même.La légende locale veut qu’il ait été inventé pour échapper à une taxe coloniale française sur les bateaux : ce n’était pas un bateau, c’était un panier. L’histoire est probablement fausse — des embarcations rondes en vannerie existent en Asie bien avant — mais elle est racontée partout, et elle dit quelque chose de vrai sur le rapport des pêcheurs à l’administration.Son vrai intérêt est pratique : il franchit la barre sans se retourner, se hisse à deux sur le sable, se répare avec du bambou et de la résine, et sert d’annexe aux gros bateaux. On l’utilise de Da Nang à Quy Nhon, et vous en verrez des centaines alignés sur les plages au petit matin.
Le nuoc-mam, ou la mer dans l’assiette
La sauce de poisson n’est pas un condiment, c’est l’assaisonnement de base de la cuisine vietnamienne — elle y joue le rôle du sel en Europe et entre dans neuf plats sur dix. Sa fabrication est d’une simplicité absolue : des anchois, du sel, un tonneau de bois, douze mois à l’ombre, et un soutirage par le bas.Deux capitales se disputent la réputation. Phu Quoc, dont les fabriques alignent des tonneaux de quinze tonnes et dont l’appellation est protégée en Europe depuis 2013. Et Phan Thiet, plus ancienne, sur la côte du Sud-Est.La qualité se lit en degrés d’azote : quarante degrés pour une première extraction, dix à quinze pour les sauces industrielles coupées d’eau et de sucre. C’est la seule chose à vérifier sur une étiquette, et cela change complètement ce que vous cuisinerez au retour.
La baleine, divinité des pêcheurs
Tout le long de la côte centrale et méridionale, les villages de pêcheurs entretiennent un temple dédié à Cá Ông, « Monsieur Poisson » : la baleine. La croyance vient des Cham et a été reprise par les Việt en descendant vers le sud ; les empereurs Nguyen lui ont donné un statut officiel.Le culte repose sur une conviction pratique : la baleine sauve les naufragés. Quand un cétacé s’échoue, le village organise des funérailles complètes — celui qui découvre le corps porte le deuil comme pour un père — puis, après quelques années, les os sont exhumés, lavés et installés dans le temple. Certains sanctuaires conservent des squelettes de plus de vingt mètres, notamment à Phan Thiet et sur l’île de Ly Son.La fête du Nghinh Ông, au printemps, sort les barques pavoisées pour accueillir l’esprit de la baleine. C’est l’une des cérémonies les plus spectaculaires du littoral, et l’une des moins connues des voyageurs.
Les îles, et pourquoi elles occupent les journaux
Deux archipels reviennent constamment dans l’actualité vietnamienne : les Paracels, Hoàng Sa, occupés par la Chine depuis 1974, et les Spratleys, Trường Sa, dont plusieurs pays se disputent des récifs.On ne comprend pas le Vietnam contemporain sans cela. La question maritime est l’un des rares sujets sur lesquels l’opinion publique s’exprime avec force, et vous verrez des cartes affichées dans les écoles, des chansons, des musées entiers — celui de Da Nang consacré à Hoàng Sa — dédiés à la démonstration de la souveraineté vietnamienne. L’île de Ly Son, au large de Quang Ngai, entretient depuis des siècles une cérémonie à la mémoire des marins envoyés aux Paracels par les empereurs.Ce n’est pas un sujet tabou, mais c’est un sujet sensible. Il vaut mieux écouter que trancher.
Où voir la mer vietnamienne, et quand
Le littoral se lit en trois tronçons, chacun avec sa saison.
Le Nord — baie de Lan Ha, Cat Ba, Do Son : octobre à décembre pour l’air sec et la mer calme, mars à mai avec un risque de brume. Baignade exclue en janvier-février, l’eau descend à dix-huit degrés.
Le Centre — Lang Co, Da Nang, Hoi An, Quy Nhon : février à août. Évitez octobre-novembre, saison des pluies et des typhons.
Le Sud — Phu Quoc, Con Dao, Mui Ne : novembre à mars pour la côte ouest, mars à septembre pour Con Dao. La mousson du sud-ouest ferme Phu Quoc de juillet à septembre.
Une journée sur un bateau de pêche, au départ de Nhon Ly près de Quy Nhon ou d’un village de la lagune de Tam Giang, vaut mieux qu’une semaine de transat : on part à cinq heures, on relève les filets, on rentre à neuf. C’est l’une des sorties que nous plaçons le plus volontiers dans un circuit.
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Le bateau rond en bambou tressé et résine, utilisé de Da Nang à Quy Nhon. Il franchit la barre sans se retourner, se hisse à deux sur le sable et sert d’annexe aux gros bateaux. On le manie à la godille, en décrivant un huit.
Quelle est la meilleure saison pour la plage au Vietnam ?
Elle dépend entièrement de la région. Nord : octobre à décembre. Centre : février à août. Sud et Phu Quoc : novembre à mars. Il n’existe aucun mois où tout le littoral est au beau fixe.
Pourquoi les pêcheurs vénèrent-ils la baleine ?
La croyance, héritée des Cham, veut que la baleine sauve les naufragés. Les villages de la côte centrale et méridionale lui consacrent des temples et conservent parfois des squelettes entiers.
Comment reconnaître un bon nuoc-mam ?
Au degré d’azote indiqué sur l’étiquette : quarante degrés pour une première extraction, dix à quinze pour les sauces industrielles coupées d’eau et de sucre. La couleur doit être ambrée, jamais brune ou trouble.
Peut-on sortir en mer avec des pêcheurs ?
Oui, au départ de plusieurs villages, notamment Nhon Ly près de Quy Nhon et les hameaux de la lagune de Tam Giang. Départ vers cinq heures, retour vers neuf. Nous organisons ces sorties avec des familles que nous connaissons.
Les tensions en mer de Chine affectent-elles le voyage ?
Aucunement. Les zones concernées sont des archipels lointains, sans lien avec le littoral touristique. Le sujet revient en revanche souvent dans les conversations, et il est traité avec beaucoup d’émotion.
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Les circuits où l’on vit ce dont parle cet article
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