La fête de la mi-automne : la nuit des enfants et des lanternes
C’est la deuxième fête du calendrier vietnamien après le Tết, elle tombe à la pleine lune de septembre ou d’octobre, et elle appartient entièrement aux enfants. Si votre voyage tombe à cette date, changez votre programme pour être en ville ce soir-là.
Quand tombe-t-elle, et pourquoi ce soir-là
Le Tết Trung Thu se célèbre le quinzième jour du huitième mois lunaire, c’est-à-dire à la pleine lune la plus proche de l’équinoxe d’automne. Dans le calendrier grégorien, cela tombe entre la mi-septembre et le début d’octobre selon les années.La date n’est pas arbitraire. À l’origine, c’est une fête agricole : la récolte de riz du huitième mois est rentrée, le travail des champs marque une pause, et la lune est à son plus haut et à son plus clair de l’année. Les paysans du delta observaient la lune ce soir-là pour prédire la récolte suivante : jaune vif annonçait une bonne année, orange une sécheresse, pâle et voilée des pluies.
La récolte est rentrée, les champs se taisent, et la lune est à son plus clair de l’année.
Comme le Tết, la fête a des équivalents dans toute l’Asie de l’Est — la Chine, la Corée, le Japon en célèbrent une version — mais la vietnamienne s’en distingue par un point : elle est devenue avant tout la fête des enfants, ce qui n’est le cas nulle part ailleurs.
Les lanternes, et ce qu’elles étaient
Les enfants défilent le soir avec une lanterne allumée à la bougie. Les formes traditionnelles ont un sens : l’étoile à cinq branches, la carpe, le papillon, et surtout la lanterne tournante, le đèn kéo quân, dont un cylindre intérieur mis en mouvement par la chaleur de la bougie fait défiler des silhouettes de soldats sur les parois.Cette lanterne tournante est un objet remarquable : c’est un moteur thermique du XIe siècle, et c’est aussi un support pédagogique, puisqu’on y représentait des scènes historiques que les parents commentaient. Elle est aujourd’hui rare, remplacée par des lanternes de plastique à pile ; quelques ateliers de Hanoï et de Hoi An la fabriquent encore.Les villages producteurs valent le détour. Bao Dap, dans la province de Nam Dinh, fabrique des lanternes depuis un siècle et travaille à plein régime six semaines par an ; la rue Hang Ma, à Hanoï, devient impraticable dans les jours qui précèdent la fête, tapissée de rouge et d’or du sol au premier étage.
Le gâteau de lune, et la guerre commerciale qu’il a déclenchée
Le bánh trung thu se présente sous deux formes : le bánh nướng, cuit au four, à la croûte dorée et pressée dans un moule de bois sculpté, et le bánh dẻo, cru, à la pâte de riz gluant blanche et translucide. La garniture classique mêle graines de lotus, graines de pastèque, jambon, saucisse chinoise, feuilles de combava et un jaune d’œuf de cane salé au centre — qui figure la pleine lune.Il est riche, très sucré, et il déconcerte souvent les palais français. Ce n’est pas grave : sa fonction est d’être offert plus que mangé. Dans les semaines qui précèdent la fête, les boîtes circulent entre collègues, clients et familles, et les grandes marques rivalisent de coffrets à plusieurs dizaines d’euros. C’est devenu un marché considérable, et un objet social autant que culinaire.
La danse de la licorne, qui n’est pas un dragon
Les troupes de múa lân parcourent les rues pendant les jours qui précèdent la fête, s’arrêtant devant les commerces qui les appellent. Deux danseurs animent l’animal — celui de la tête porte tout le poids et fait les acrobaties, celui de la queue supporte les sauts — accompagnés d’un tambour, de cymbales et d’un personnage masqué au large sourire, Ông Địa, l’esprit de la terre, qui l’asticote avec un éventail.Une précision utile : ce n’est pas un dragon. Le lân est le qilin, créature de bon augure à tête de lion et corne unique. Le dragon, rồng, est un animal beaucoup plus long, manipulé par une dizaine de porteurs, et il apparaît plutôt au Tết.Le commerçant remet une enveloppe rouge à la troupe, qui la saisit avec la gueule de l’animal. Les enfants suivent. Ce sont souvent des équipes de quartier, des élèves qui s’entraînent des semaines et financent ainsi leur club.
Où la vivre, et comment
Trois endroits sortent du lot.
Hanoï, rue Hang Ma et autour du lac Hoan Kiem. La rue est fermée à la circulation les soirs de week-end et devient un couloir de lanternes. C’est la version la plus dense et la plus photogénique.
Hoi An, où la fête coïncide avec la nuit de pleine lune qui éteint déjà l’éclairage électrique de la vieille ville. C’est la conjonction la plus spectaculaire du pays, et aussi la plus fréquentée : réservez très en avance.
Un village, si vous êtes en circuit à ce moment-là. La fête y est plus modeste et infiniment plus vraie : les enfants défilent dans la ruelle principale, on partage les gâteaux sur une natte devant la maison communale, et l’on vous fera asseoir.
Si vous voyagez avec des enfants, achetez-leur une lanterne dès que vous en voyez : ils entreront dans le défilé sans que personne ne s’en étonne. C’est l’une des rares occasions où un voyageur cesse d’être spectateur.
Ce que la fête dit du pays
Une fête agricole détournée vers les enfants n’a rien d’anodin. L’explication donnée sur place est simple et probablement juste : au huitième mois lunaire, les parents étaient enfin disponibles après la moisson, et ils consacraient cette soirée à leurs enfants dont ils s’étaient peu occupés pendant les travaux.Cette place de l’enfant se retrouve partout au Vietnam, et elle surprend souvent les voyageurs français : les enfants sont présents dans les restaurants tard le soir, on les emmène aux fêtes, on les touche, on les complimente. La fête de la mi-automne en est la traduction calendaire.Si votre voyage tombe à cette date — mi-septembre à début octobre — dites-le nous. C’est aussi la meilleure période de l’année pour le Nord, avec les rizières dorées de Mu Cang Chai et de Ha Giang, et l’on peut construire tout un itinéraire autour.
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Le quinzième jour du huitième mois lunaire, soit entre la mi-septembre et le début d’octobre selon les années. La date change chaque année ; demandez-la nous au moment de fixer vos dates.
Est-ce un jour férié au Vietnam ?
Non. Contrairement au Tết, la mi-automne n’est pas fériée : les commerces, les musées et les transports fonctionnent normalement. Les festivités ont lieu le soir.
Quelle différence avec le Tết ?
Le Tết est le nouvel an lunaire, en janvier ou février, durée d’une semaine, tout ferme et le pays se déplace. La mi-automne dure une soirée, rien ne ferme, et elle appartient aux enfants.
Qu’est-ce qu’un gâteau de lune ?
Un gâteau pressé dans un moule sculpté, garni de graines de lotus, de fruits secs, parfois de jambon, avec un jaune d’œuf de cane salé au centre qui figure la pleine lune. Il existe en version cuite au four et en version crue à la pâte de riz.
Où vaut-il mieux la passer ?
À Hanoï pour la densité, rue Hang Ma et autour du lac. À Hoi An pour la conjonction avec la nuit sans électricité, mais réservez très en avance. Dans un village pour l’authenticité.
Est-ce intéressant avec des enfants ?
C’est probablement la meilleure soirée de l’année pour voyager au Vietnam avec des enfants. Achetez-leur une lanterne et ils entreront dans le défilé ; personne ne s’en étonnera.
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